Mindfulness : comment la présence attentive contribue-t-elle au mieux-être dans les organisations? - SPB Psychologie organisationnelle - Voir plus loin

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Mindfulness : comment la présence attentive contribue-t-elle au mieux-être dans les organisations?

Entrevue avec Simon Grégoire

Le 15 décembre 2014, publié par Jean-Baptiste Audrerie

tags : Entrevue, Mindfulness, "Presence attentive"

 

Simon Grégoire est directeur du Groupe de Recherche et d’Intervention sur la Présence Attentive (GRIPA) en plus d’être psychologue industriel-organisationnel et professeur à l’Université du Québec à Montréal. Ses recherches s’orientent autour des interventions basées sur la présence attentive et de leurs effets sur la santé psychologique. Afin d’en savoir plus sur ces approches prometteuses, nous avons interrogé cet expert sur les répercussions de la méditation en milieu de travail. Entrevue sur la présence attentive et ses bienfaits. 

 

Tout d’abord, qu’est-ce que la présence attentive?

Il s’agit d’être attentif et vigilant à l’égard de ce qui se passe autour de nous, mais également à l’intérieur de nous-mêmes, et d’observer tout ça de façon bien particulière, c’est-à-dire avec curiosité, ouverture et bienveillance. En général, cet état de conscience ne nous est pas très familier, car nous sommes souvent en mode « pilote automatique », sans être vraiment conscients de nos pensées, de la façon dont on se sent, de nos émotions, de nos comportements automatiques… On a souvent le regard tourné vers l’extérieur parce qu’on a des livrables et des échéanciers à respecter. Mais il est tout aussi important de tourner le regard vers l’intérieur, surtout en contexte d’entreprise, et de porter une attention aux sensations, aux émotions, aux pensées qui nous habitent ou encore aux patrons de comportements que l’on met de l’avant.

 

Y a-t-il une différence entre la présence attentive, la pleine conscience et le mindfulness

Non, ce sont des synonymes. L’expression « pleine conscience » est la plus commune, mais l’expression « présence attentive » est la plus stratégique pour nous au GRIPA. Non seulement cette traduction rend justice au terme anglais « mindfulness », mais nous avons également constaté qu’elle passe mieux en entreprise par rapport à « pleine conscience ». La pleine conscience a une connotation plus ésotérique tandis que la présence attentive est mieux reçue, car plus concrète. 

 

Comment la notion de présence attentive a-t-elle émergé?

La présence attentive existe depuis plus de 2 500 ans. La tradition bouddhiste est très imprégnée de cette notion, évidemment, mais la présence attentive et la contemplation font aussi partie de quelques traditions philosophiques et psychologiques occidentales. Le concept n’est donc pas complètement nouveau. 

En revanche, ce qui est nouveau depuis les années 1980, c’est l’appropriation de la tradition bouddhiste par la science moderne. Il y a un certain engouement dans la communauté scientifique pour la présence attentive. Les chercheurs ont commencé à s’intéresser à l’efficacité de la méditation sur des populations cliniques. Ensuite, dans les années 2000, ils ont étendu le champ de recherche à d’autres contextes, comme les écoles et les organisations. Il faut préciser que le contexte de ces recherches est séculier, c’est-à-dire complètement exempt de connotation religieuse. 

 

Selon toi, pourquoi est-ce important de faire une place aux approches basées sur la présence attentive dans les organisations? 

Dans les organisations, j’ai l’impression que l’on compare parfois l’employé à une plante. On suppose que si cette plante a suffisamment de nutriments, de soleil, d’eau et de vitamines, elle va grandir et s’épanouir. De la même manière, si l’employé bénéficie d’une autonomie, d’une latitude décisionnelle et d’une reconnaissance, il sera heureux et pourra s’épanouir. En général, je suis en accord avec cette métaphore. Plusieurs données probantes montrent d’ailleurs que l’environnement joue un rôle déterminant dans l’état de santé des employés. 

J’ai toutefois la conviction que cette métaphore est incomplète. Je crois qu’une partie de notre stress, de notre insatisfaction, voire de notre détresse et de notre souffrance découle de ce qu’on fait avec les stresseurs qui sont dans notre environnement et de la façon dont on les interprète. Par exemple, on sait maintenant qu’une partie significative de notre stress vient du fait qu’on est littéralement pris dans notre tête : on est inquiet par rapport à ce qui s’en vient, on éprouve des regrets par rapport à ce qu’on a fait, on repasse sans cesse tout ce qu’il nous reste à faire… Toute cette activité mentale est exténuante. Nous sommes prisonniers du passé ou du futur, et il est très rare que nous soyons vraiment dans le moment présent. 

Nous vivons à une époque où la charge de travail est lourde, la pression est forte et le rythme est effréné. On peut agir sur l’environnement (changer l’organisation du travail, par exemple), mais on peut aussi outiller les employés afin de créer un peu d’espace mental. Au GRIPA, nous invitons les travailleurs à ralentir, à trouver un sens à leur travail et à jalonner davantage l’avancement plutôt qu’à se montrer réactif ou agir par automatismes. Nous les incitons également à établir une cohérence entre leurs actions et leurs valeurs. 

 

Quels sont les effets bénéfiques des interventions basées sur la présence attentive en milieu organisationnel?

Il y a beaucoup de recherches sur les approches basées sur la présence attentive. Les résultats montrent qu’il y a de nombreux effets bénéfiques sur la santé psychologique des employés : réduction du niveau de stress, d’anxiété et de fatigue de même qu’un meilleur niveau de gestion des priorités. Instaurer des interventions basées sur la présence attentive peut donc être bénéfique pour la santé psychologique des employés. Quelques études ont également démontré que la méditation pouvait augmenter le niveau d’empathie, d’écoute et de compassion chez les leaders. Les données sont encore fragmentaires, mais  elles sont prometteuses. Au GRIPA, nous aimerions aussi étudier l’hypothèse selon laquelle la méditation favorise la créativité, l’innovation et la pensée divergente. Ce qu’il faut retenir, c’est que ces approches (de présence attentive) peuvent faire une différence et sont très faciles à intégrer dans les entreprises.

 

Comment les entreprises pourraient-elles intégrer ces approches?

Il y a différentes façons d’implanter ces initiatives basées sur la présence attentive. Les entreprises peuvent mettre en place des interventions plus ciblées, comme ce fut le cas lors de notre étude effectuée dans des centres d’appels à l’aide de capsules de méditation en version audio directement au poste de travail des employés. Il y a également des programmes formels pour les gestionnaires visant à appliquer et à instaurer une approche de méditation dans les pratiques de gestion. Au GRIPA, nous en sommes en ce moment à évaluer l’efficacité d’un programme élaboré pour promouvoir la santé et le mieux-être des employés. Des mesures simples peuvent aussi être mises en place. Par exemple, une des façons d’intégrer la présence attentive en milieu de travail consiste à prendre quelques minutes afin de « se déposer » avant une réunion. Le but est d’être frais et serein pour la réunion, ce qui n’est pas souvent le cas parce qu’on traîne habituellement le stress des autres tâches effectuées dans la journée. 

De façon plus générale, il est possible d’encourager les employés à prendre des pauses. La concentration optimale n’est pas possible pendant huit heures de suite, si bien qu’il est bénéfique de prendre de petites pauses pour s’étirer, marcher, parler ou manger avec des collègues… Bref, ces initiatives n’entraînent pas de changements paradigmatiques. Il s’agit plutôt d’ajustements faciles à implanter qui, à long terme, assainissent le milieu de travail et permettent de mettre en place de bonnes et saines habitudes de travail.

 

Les entreprises peuvent-elles instaurer des initiatives basées sur la présence attentive afin d’améliorer la productivité de leurs employés?

Instrumentaliser ces approches constitue un piège, selon moi. Il ne faut pas perdre de vue que l’objectif de la présence attentive est le mieux-être : une meilleure connaissance de soi, un plus grand discernement, une tranquillité, une clarté, une distance, une lucidité… Si, au final, les gens sont plus efficaces, tant mieux. Mais ce n’est pas du tout l’intention derrière ces interventions. 

Dans les entreprises, on me demande souvent d’ajouter des indicateurs de rendement et de performance aux études que je réalise. Mais je répète que ce n’est pas le but premier. Il faut être prudent quand on présente ces approches. Il ne faut pas les instrumentaliser pour qu’elles deviennent une autre stratégie de gestion parmi d’autres destinées à faire en sorte que les travailleurs soient plus productifs et efficaces.

 

Quelles sont les perspectives des recherches sur les interventions basées sur la présence attentive?

J’ai l’impression qu’il y a présentement un fort intérêt médiatique pour ces approches, mais je crois que l’attrait va diminuer. En revanche, je crois que l’intérêt scientifique va se maintenir. Au GRIPA, nous souhaitons commencer à utiliser des applications intelligentes en temps réel pour obtenir des données ayant une meilleure validité écologique. Nous voulons aussi utiliser des mesures physiologiques (comme le taux de cortisol) pour mieux comprendre l’impact de ces interventions sur le stress. 

Mon souhait est que les organisations fassent plus de place à ces interventions dans l’avenir. Comme nous vivons à une époque d’urgence et d’instantanéité, notre rapport au temps m’apparaît malsain. Pour les employés et les organisations, nous aurions beaucoup à gagner à simplement ralentir quelque peu, et prendre le temps d’être plutôt que de faire…

 

Merci pour ces explications et bonne chance dans la suite de tes recherches.

 

Jean-Baptiste Audrerie possède 20 ans d’expérience en évaluation des talents et en gestion de carrière. Architecte de solutions d’attraction et d’évaluation des talents, il est également le concepteur de programmes de développement des compétences et du leadership à l’ère du numérique. Il conjugue les sciences du comportement et les technologies avec les enjeux d’affaires des ressources humaines. Il met régulièrement à jour un blogue sur les tendances en RH et sur les transformations digitales.

 


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